mardi 3 mars 2009

Faut-il tuer les Jeunes?


Les jeunes sont déprimants. Et arrogants. Et consternants.

Ils écrivent comme des pieds. La génération sms et msn. L'orthographe et eux, ca fait beaucoup plus que deux. Ca fait trop peur. Evidemment quand on kif grave à longueur de journée, écrire une lettre de motivation peut paraitre insurmontable. Les plus chanceux ont essayé l'osmose (le copier-coller) avec leurs ainés (nous) : "Je fais donc appel a vous, pour savoir si vous-meme ou une personne de votre entourage auriez connaissance d'un poste a pourvoir. (blahblahblah) Je joins mon cv et ma lettre de motivation dans lesquels vous trouverez les details de mon parcours et les fondements (oh joie) de ma motivation". SOS 60 millions de stages, j'ai perdu mon stage.

Certains restent honnêtes : "J'ai trouvé votre adresse mail dans l'annuaire des anciens élèves. Votre poste au sein de la Banque m'a attiré l'attention." Ah bah s'il t'a attiré l'attention, surtout au sein, que ne t'attirera-t'il pas (comme ennui)?

D'autres en font clairement trop (et ne sont vraisemblablement pas au courant de ce qui se passe): "A présent, je cherche un stage d'assistant Trader. Je suis extrêmement motivé. Mon objectif est de découvrir le métier de Trader car c'est la fonction que je souhaite exercer à la fin de mon diplôme. Beaucoups de domaines m'intéressent (dérivés de taux, dérivés actions, commodities) et je ne ferais donc pas le difficile sur ce sujet, même si les dérivés exotiques me plaisent beaucoup. Je suis extrêmement motivé."

Déja l'orthographe souffre, à moins que le pluriel de "beaucoup" soit un signe moderne d'emphase. Quand on veut dire beaucoup beaucoup, on écrit beaucoups, et voilà.

Heureusement les jeunes savent voir large : "Si il n'y a pas d'offres en "assistant trader", je suis aussi intéressé pour effectuer un stage en structuration, voir même sales en produits exotiques. Vu la situation actuelle, j'ai décidé en effet d'élargir mes candidatures." T'as raison, les candidatures élargies sont les fondements de la motivation. Et j'en parlerai aux sales tout en bas dans ton échelle, au niveau des fondations cette fois peut-être.

Bordel, faites relire vos foutues lettres de motivation, ayez un peu de respect pour les vieux et vieilles que nous sommes, merde, et qui devons nous rappeler en quelle classe on apprend à conjuguer les verbes du 1er groupe aux temps de l'indicatif : "Cet été, j'ai effectuer un stage en finance d'entreprise." Super super. "En outre, je souhaites débuter ma carrière en asie, et particulièrement à Hong Kong, une ville que je connais bien et où je serais bien m'adapter." Ca se sent, n'est-ce pas, que ce petit il parle avec ses tripes et il kif mon job a mort? Cette année, en revanche, je constate un net progrès dans les en-têtes, car je n'ai pas recu de lettre commencant par "Cher Monsieur Natalie Rie"...

Et pour finir, quand on sort du contexte formel des emails de motivation dont ils inondent déja la terre entière (une purée d'octets que les martiens mettront des générations à déchiffrer tellement toutes les règles d'orthographe et de grammaire sont bafouées), c'est carrément l'apothéose : "Merci en tout cas pour tous les conseils et les renseignements, je vais continuer de postuler la situation va bien se décoincer un jour." Bah tu penses bien. Un coup de préparation H et hop ca repart. Et la ponctuation, ca freine le coulé du phrasé et globalement, c'est pour les cochons. "J'ai lancer quelques pistes auprès des asset manager mais pour le moment rien de concret j'en suis qu'au début de mes recherches." Ah t'en es qu'au début de tes recherches, en février pour... février, en effet, comme on dit, "c'est pas gagné". Et le finish : "Je comprends tout à fait la situation mais je garde quand espoir on a toujours besoin d'un petit salaire qui travaille dur :)" Le smiley, celui-là je le guettais. Le voilà. A lui tout seul, il résume toute la détresse de ces jeunes, qui en perdant la grammaire, ont perdu tous leurs repères. Heureusement, on a toujours besoin d'un petit salaire (qui travaille dur). Ah j'ai hate de faire travailler le mien...

NB: toutes les citations sont des originaux, texto, au mot.
NB2: il n'y a pas de cédille facilement accessible sur mon clavier, sans parler des accents...

lundi 2 mars 2009

La Reduction des Couts


JEMBA - Jour 13: la semaine derniere, une cinquantaine de top managers de notre sous-sous-departement, venant du monde entier, ont ete rassembles a Paris pour un seminaire de reflexion sur la crise. Une semaine a se poser des questions sur le pourquoi de nos malheurs, "qu'est-ce que la crise?", "d'ou vient la crise?", "pourquoi les banques sont-elles touchees par la crise?", et au fait, "qu'est-ce qu'une banque?".

Cela me fait penser a la premiere etape d'une cure de desintoxication pour drogues ou alcooliques : "il parait que je ne suis pas normal, je ne suis pas d'accord, mais je dois me demander avec serieux : que m'arrive-t-il?". Voila, 5000 euros de voyage et frais par personne en moyenne pour comprendre que ca va mal.

Ne nous moquons pas, les banquiers sont tres diplomes et donc un peu autistes. Il faut les aider.

Un des ateliers de reflexion savamment appele "brainstorming", un vocable de mba americain qui suggere que des idees brillantes peuvent fuser lorsqu'elles sortent de cerveaux reunis autour de la machine a cafe, a consiste a definir l'image de nos chers top managers telle qu'ils la croient percue par le Monde. Eh bien accrochez-vous, voici un scoop, il semblerait qu'elle soit mauvaise. Nos estimes responsables ont etabli des listes de mots utilises pour nous decrire : "escrocs", "voleurs", "parias", ou, plus creatif : "poules mouillees", "bande de zeros", ou encore "tas de merde". Une prise de conscience qui a du couter au bas mot 300 000 euros. Meme britney spears a du trouver une cure de desintoxication moins chere. Enfin, bientot, nous ne distriburons pas de dividende, car, actionnaires cheris, nous mettons un point d'honneur a ce que vous couliez avec nous. Ah merde je suis actionnaire jusqu'au cou.

lundi 23 février 2009



JEMBA - Jour 6 : Voila, jour 6 de mon retour au camp. ILS appellent cet endroit le Bureau ou la Banque, mais je sais qu'ILS ont ete trompes. Le lavage de cerveau a encore bien marche. Et les media aussi sont dupes. Quelques interviews sont autorisees de temps en temps. Bloomberg ou CNN viennent nous voir. Mais ce sont des acteurs qui sont engages pour les passages a la tele. Nous autres vrais banquiers, nous sommes enfermes tout en haut de la tour, tout au fond du Camp. Avec une heure de promenade par jour. On ne m'aura pas comme ca. La resistance s'organise. On a fait passer des oranges en douce aujourd'hui. Demain, j'espere que j'arriverai a faire entrer du chocolat.


Je m'occupe aussi en faisant un check-up medical complet a l'hopital du Camp, on ne sait jamais, tant que j'ai une bonne assurance, je ne veux rien laisser passer : dentiste, ophtalmo (on a toujours besoin d'une nouvelle paire de lunettes avec une correction de -0.5...), dermato, ostheo, gyneco, cardio, psycho. Rien de pire que d'etre un malade qui s'ignore. Les metastases, c'est comme les impots, elles arrivent toujours trop tot.

jeudi 19 février 2009


JEMBA - Jour 4 : j'etais Senior hier, mais aujourd'hui je suis redevenue une petite main. "Tiens puisque tu n'as rien a faire, pourquoi ne ferais-tu pas ce que faisait le stagiaire (avant d'etre vire). Te plains pas, c'est mieux que de ne rien faire." Mais pas du tout, je proteste, ma vie interieure est suffisamment riche pour me tenir occupee du matin au soir. "Vire-moi !" fut ma reponse, tout en souplesse, signe que six mois d'anger management, ca marche. Il m'a repondu qu'il aimerait bien et qu'il le suggerait regulierement a son chef, mais que je suis trop difficile a virer a cause de mon fameux Contrat. Ah mon bon Contrat. Heureusement que je n'esperais pas etre retenue pour ma competence. Pouf pouf.

Il parait que les techniques de sape vont crescendo : au debut, ce sont de petites humiliations comme faire le sale boulot. Ah ces petits moments infiniment cocasses quand, apres avoir vire tous les juniors, les managing directors se rendent compte qu'il n'y a plus personne pour ramer, et se regardent comme les prisonniers sous la douche. Qui-c'est-qui-va-s'y-coller?? Bon... Ensuite, il parait qu'on vous demenage dans une piece sans fenetre sans ordinateur et avec un telephone interne pour dix, utilisable essentiellement pour repeter les procedures d'evacuation d'urgence... Dans les cas les plus durs, ILS s'arrangent pour brouiller la salle et ses environs pour que les portables ne captent pas non plus. Les plus faibles d'entre nous craquent en quelques jours et demissionnent. C'est ce qu'ILS attendent.

J'organise la resistance : nous formons des groupes de Sudoku. Acte collectif que je n'aurais pas cru possible il y a quelques mois avec mes chers collegues chinois, nous avons achete un livre a plusieurs, tant qu'a faire on a pris un coffret collector d'ailleurs, histoire d'investir dans l'avenir si l'un de nous se retrouve oblige d'en faire son metier. Quand on sent que l'ambiance est trop lourde ou que les patrons sont en reunion, on photocopie une grille et hop. Le premier qui termine a toujours ce petit sentiment d'etre l'elu, et se sent un peu reconforte a l'idee qu'il a au moins ce talent. Peut-etre sera-t-il epargne a la prochaine charrette. Mallheureusement ce systeme peche par l'absence de controle et peut engendrer des injustices : Paul s'est vante au Chef d'avoir fini sa grille en premier. Oh le vilain mensonge. A la rue Paul sur ses sudoku. Il faudrait automatiser le process pour que le Chef voie sur un ecran en temps reel toutes les grilles de sudoku. Et paf, le dernier prend la porte immediatement! Bye bye Paul. Pas de sentiment, pas de culpabilite : c'est pas la faute du manager, c'est le sudoku-software.

mercredi 18 février 2009

Journal d'une EMployee de BAnque - JEMBA (3)


Jour 3 : annonce des bonus. Ou la demonstration que le lavage de cerveau, ca marche. Les managers expliquent a leurs troupes depuis des mois que cette annee va etre Pourrie. Or, la Banque s'en sort mieux que toutes les autres et recoltent des brassees de prix en tout genre (la banque "la plus sympa", celle "ou il fait bon vivre" etc.) qui brillent au firmament de la finance de haut vol (la 3e "meilleure banque de l'univers"). Et personne ne change de couleur quand on nous annonce des coupes beaucoup plus severes que partout ailleurs. Ah ils sont forts ces managers. Le message a meme ete rendu positif : "Tu vois Bernard, ce sont les gros bonus des gens tres senior qui ont ete le plus coupes. Si tu n'as que 30% de ce que tu touchais l'annee derniere alors que tu as fait ton budget et que tu as bosse plus avec moins de mecs, c'est parce que tu es SENIOR, et que tu COMPTES pour la Banque qui veut te GARDER, TOI." Si si, ca marche. C'est d'ailleurs le meilleur moment pour gratifier ses employes d'une belle promotion pour pas un rond (quelle jolie expression decidement). Je ne me suis jamais sentie aussi senior. J'etais soudain propulsee dans la categorie des gens qui doivent etre fiers de contribuer a l'equilibrage des inegalites entre les millionnaires et les petites mains. Je suis sortie du bureau de mon chef avec une mission qui avait ete acceptee pour moi au prealable : gagner moins et travailler comme un chien. Un moment tres fort dans une Carriere.

mardi 17 février 2009

Journal d'une employee de banque (2)

Jour 2 : le monde de la banque a definitivement change. L'annee derniere deja il fallait faire plus avec moins de ressources. Forcement la qualite a fini par souffrir.
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Avant, on faisait des efforts pour faire des descriptions et des analyses : "le poulet chinois est jaune et a 2 pattes ; il mange des graines a raison de 3 rations par jour, prend en moyenne 30g par semaine et a une duree de vie de 12 semaines avant de fournir 600g de viande a usage alimentaire repartie comme suit : 30% de cuisses, 20% de filet, 20% de blanc, 15% d'ailes, 10% d'abas, 5% de croupion. L'industrie du poulet en chine est en forte croissance depuis 3 ans avec un taux de croissance annualise de 46%, soutenu par une demande interne en croissance de 54% (taux annualise) et une demande externe en croissance de 32% (taux annualise), laquelle est largement supportee par l'Asie du sud-est, en particulier la Thailande (pour 35%) et le Vietnam (pour 47%). Une etude de marche de Mckinsey realisee dans le cadre de notre due diligence prevoit que cette croissance se stabilisera aux environs de 39% (versus 46% depuis 3 ans) sur les 5 annees a venir, et cela, en raison (1) de l'impact psychologique de la grippe aviaire sur la consommation moyenne de poulet par foyer, et (2) de la concurrence des poulets en provenance d'Inde, qui representent aujourd'hui 12% de la production regionale, pourcentage qui devrait s'elever a 18% dans 5 ans...."
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Aujourd'hui, ca donne "poulet+graines=chicken wings".
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Autant dire que, s'agissant de la qualite de l'analyse et du controle des risques, on n'est pas sortis de la merde. Avec un peu de chance, on va changer de strategie et s'arreter de bosser, completement. Car c'est bien connu, quand on fait rien, on fait pas d'erreur.

La qualite de la pensee en France

Il semblerait que ce ne soit pas vraiment une bonne idee de rentrer en France en ce moment apres tout... Apres les nobles, les rois, les sorcieres, les communistes, les juifs, les femmes qui veulent voter, celles qui veulent avorter, les femmes en general, les terroristes, les noirs, les maghrebins, les agents du fisc et les agents immobiliers, voici la nouvelle tete a claque du 21e siecle : le banquier!